AI Overviews : des médias européens déposent plainte, redoutant pour leur avenir
Points clés :
- Les éditeurs alertent sur une diminution possible du trafic, de l’audience et des revenus, dénonçant l’exploitation de leurs contenus sans possibilité de refus, sauf à être exclus des résultats de recherche.
- Des plaintes ont été déposées auprès de la Commission européenne et de la Competition and Markets Authority (CMA) au Royaume-Uni.
- Google réfute le lien entre les pertes de trafic et AI Overviews, les associant à des mises à jour algorithmiques ou à un désintérêt des utilisateurs.
Google AI Overviews : l’IA intégrée aux résultats de recherche
Google et les médias indépendants ont toujours entretenu des relations complexes, souvent marquées par des tensions. L’introduction des Google AI Overviews a exacerbé cette situation. Cette fonctionnalité génère des résumés de contenus grâce à l’intelligence artificielle, basée notamment sur les modèles de langage Gemini. Concrètement, lors d’une recherche, l’IA lit les contenus web pertinents et produit un paragraphe synthétique affiché avant les liens traditionnels.
Le cœur du problème réside dans le fait que ces résumés ne citent pas systématiquement leurs sources et, surtout, les éditeurs ne peuvent pas s’opposer à l’utilisation de leurs contenus sans risquer une disparition totale des résultats de recherche de Google, une situation qui met les médias dans une position délicate.
Une « menace existentielle » pour la presse indépendante ?
L’inquiétude majeure des éditeurs concerne l’impact des AI Overviews sur leur modèle économique. Si les utilisateurs trouvent toutes les informations nécessaires dans ces résumés, ils n’ont plus besoin de visiter les articles originaux. Une baisse du nombre de clics signifie une perte de trafic, de lecteurs et donc de revenus publicitaires. Le New York Times a déjà constaté une diminution de 36 % de son trafic dans des conditions similaires.
Rosa Curling, directrice de l’association juridique Foxglove et co-signataire d’une plainte, estime que les AI Overviews pourraient bien entraîner la disparition des médias indépendants. Elle craint que cette fonctionnalité ne rende le journalisme indépendant, déjà en difficulté, totalement obsolète.
En outre, cela pose de sérieuses questions juridiques, notamment en Europe. Les éditeurs invoquent le droit voisin, qui oblige les plateformes à rémunérer les médias pour l’utilisation de leurs contenus. Cependant, aucune compensation n’est prévue pour les résumés générés par l’IA. De plus, le Digital Services Act (DSA) exige plus de transparence algorithmique et une loyauté envers les contenus d’information. Les plaignants estiment que les AI Overviews contournent ces principes en s’appropriant la valeur ajoutée des éditeurs.
La réponse des médias : plaintes en Europe et au Royaume-Uni
Face à ce qu’ils considèrent comme un « préjudice conséquent », un collectif de médias indépendants s’est mobilisé. L’Independent Publishers Alliance (IPA), regroupant plusieurs éditeurs numériques européens, a déposé une plainte auprès de la Commission européenne le 30 juin dernier. Une démarche similaire a été entreprise auprès de la Competition and Markets Authority (CMA) au Royaume-Uni.
Des organisations influentes telles que le Movement For An Open Web (MOW) et l’entreprise sociale Foxglove Legal sont parmi les signataires de cette action juridique. Leur principal objectif est clair : les éditeurs doivent pouvoir refuser que leur contenu soit utilisé pour les résumés IA de Google sans être exclus des résultats de recherche classiques. Ils demandent également des mesures provisoires pour éviter un préjudice irréparable avant une décision de justice.
Le Royaume-Uni, par le biais de sa CMA, envisage d’attribuer à Google un « statut de marché stratégique » pour la recherche en ligne. Si cette qualification est validée, Google pourrait faire l’objet d’une réglementation plus stricte, notamment pour l’utilisation de contenus dans ses AI Overviews.
« Les aperçus AI de Google volent les éditeurs sur deux fronts. Ils s’approprient le contenu des éditeurs pour alimenter leur IA et utilisent cette capacité pour détourner le trafic en plaçant les aperçus avant les liens vers le contenu original. C’est un exemple clair d’abus de monopole visant à exploiter les propriétaires de contenu et à discriminer ses concurrents, et il est impératif d’agir immédiatement.
La CMA mène à juste titre une enquête approfondie sur les actions potentielles contre Google, mais nous ne pouvons pas rester passifs et laisser les marques d’information disparaître. Le préjudice infligé aux éditeurs est grave, significatif et irréparable. Des mesures provisoires doivent être prises dès maintenant pour sauver l’industrie de l’édition britannique avant qu’il ne soit trop tard. »
James Rosewell, cofondateur de Movement for an Open Web
La position de Google : une simple mise à jour algorithmique ?
Google minimise l’impact de ses AI Overviews sur le trafic des médias. Un porte-parole a déclaré à Reuters que les pertes de trafic des médias indépendants n’étaient pas causées par cette nouvelle fonctionnalité. Google explique ces baisses par la saisonnalité, le désintérêt des utilisateurs, ou simplement par les mises à jour algorithmiques régulières qui peuvent affecter n’importe quel site web. La firme assure même qu’elle génère plus de trafic que jamais et qualifie certaines affirmations de fondées sur des données « incomplètes ou biaisées ».
Pour Google, les AI Overviews sont avant tout une occasion pour les utilisateurs d’effectuer de nouvelles recherches plus facilement. Notons que cette fonctionnalité n’est pas encore disponible en France. Interrogée sur cette absence, Google évoque des « incertitudes juridiques ». Google hésite à déployer l’outil dans l’Hexagone, redoutant des sanctions de l’Autorité de la concurrence française, surtout après avoir été sanctionnée de 250 millions d’euros pour non-respect de ses engagements concernant la rémunération des éditeurs de presse.
