OpenAI abandonne Instant Checkout : ce que l’échec du paiement dans ChatGPT révèle
Introduit en grande pompe à l’automne 2025, Instant Checkout, censé être « la prochaine étape du commerce agentique », a été discrètement abandonné quelques mois après son lancement. OpenAI pivote, les partenaires retailers s’ajustent, et l’ensemble du secteur en tire des leçons sur les véritables défis du shopping par intelligence artificielle.
Résumé :
- Fin d’Instant Checkout : OpenAI laisse tomber le paiement natif dans ChatGPT au profit d’applications dédiées qui redirigent l’utilisateur vers le site du commerçant pour compléter l’achat.
- Échec dû à plusieurs facteurs : catalogue restreint, données obsolètes, erreurs fréquentes, et taux de conversion faibles, trois fois moins élevés que sur les sites des retailers, d’après Walmart.
- Les commerçants reprennent le contrôle : Walmart intègre son assistant Sparky dans ChatGPT et Gemini, tandis qu’Etsy développe sa propre application ChatGPT. Les grandes enseignes souhaitent maîtriser l’expérience client et les données.
- Pas de solution trouvée pour l’instant : les analystes constatent que bien que les chatbots soient de plus en plus utilisés pour rechercher des produits, les achats ne se finalisent pas encore dans l’interface de conversation.
Une ambition initiale ambitieuse, mais une réalité complexe
À l’automne 2025, OpenAI a présenté Instant Checkout comme une révolution attendue du commerce en ligne, permettant d’acheter des produits directement via ChatGPT. Etsy, Walmart et Shopify ont rapidement embarqué. Le président de Shopify, Harley Finkelstein, parlait alors de « nouvelle frontière » pour le commerce en ligne.
Cinq mois plus tard, le récit a changé. Daniel Danker, vice-président exécutif de l’IA chez Walmart, a décrit la situation avec une honnêteté frappante lors d’une récente conférence, signalant qu’Instant Checkout n’était « qu’une brève expérience ». Il a précisé que l’expérience disparaîtrait dans moins d’un mois.
Les raisons de l’échec
Les problèmes rencontrés par Instant Checkout étaient à la fois techniques et structurels. OpenAI dépendait en partie du scraping et du crawling pour obtenir des données produits, ce qui menait souvent à des informations de stock, de livraison ou de prix inexactes. Emily Pfeiffer, analyste chez Forrester, souligne : « Le crawling et le scraping ne suffisent pas pour une expérience d’achat satisfaisante. »
L’intégration des commerçants s’est avérée plus difficile que prévu. Malgré des annonces promettant des milliers de marchands Shopify, seuls 30 étaient opérationnels via Instant Checkout au moment de l’abandon. Walmart proposait environ 200 000 produits, un nombre significatif mais insuffisant pour un catalogue moderne.
Bob Hetu, analyste chez Gartner, déclare : « OpenAI a sous-estimé la complexité de l’activation des transactions. Ce n’est pas une tâche aisée, même pour les retailers. »
Taux de conversion : le chiffre qui tue
Les données de Walmart sont révélatrices : les taux de conversion dans ChatGPT étaient trois fois inférieurs à ceux des achats redirigés vers les sites des retailers. Une étude Adobe-Semrush confirme que seulement 22 % des utilisateurs ont acheté via un outil d’IA, bien que la moitié aient finalisé un achat après consultation d’un chatbot.
Le constat est clair : les chatbots sont excellents pour la découverte et la recherche de produits, mais pas encore pour la finalisation d’achats.
Les retailers prennent les commandes
Face à cet échec, OpenAI et ses partenaires changent d’approche. Les transactions ne se déroulent plus dans ChatGPT, mais via des applications dédiées développées par les retailers. Lorsqu’un produit est trouvé, l’utilisateur est redirigé vers le site de la marque pour terminer l’achat.
Walmart montre l’exemple en intégrant son assistant Sparky directement dans ChatGPT et Google Gemini. Les requêtes de produits passent par Sparky, qui gère tout en demeurant dans l’interface de ChatGPT. OpenAI bénéficie de la visibilité et éventuellement de frais d’accès, mais Walmart conserve les données clients et la relation après-vente.
Etsy et Shopify adoptent une stratégie similaire, développant leurs propres applications pour garder le contrôle sur l’expérience et l’accès aux données clients.
Tensions entre plateformes IA et retailers
Ce pivot illustre la tension entre la volonté des plateformes d’IA de centraliser le commerce et l’objectif des retailers de conserver leurs relations clients. Amazon, par exemple, a bloqué plusieurs agents IA de ses sites pour protéger ses revenus publicitaires.
Google, bien intégré dans le shopping à travers ses recherches et publicités, voit une opportunité dans l’hébergement d’agents tiers, renforçant ainsi son écosystème.
Des annonces successives qui interrogent
L’abandon d’Instant Checkout s’inscrit dans une série de revirements d’OpenAI, comme le projet Stargate ou son partenariat avec Nvidia. Ces épisodes soulèvent des questions alors qu’OpenAI envisage une introduction en Bourse.
Les réactions boursières à l’annonce de l’abandon ont été immédiates, avec une augmentation des actions de services concurrents, soulignant l’incertitude du marché vis-à-vis de ChatGPT.
Un secteur en construction
Il est prématuré de déclarer la mort du commerce agentique. Selon Emily Pfeiffer, « ce n’est pas la fin pour le commerce agentique. » Le modèle évolue, avec des retailers développant leurs propres agents comme canaux de distribution sur les plateformes d’IA.
Google met à jour sa plateforme d’agent shopping avec des fonctionnalités avancées, plaçant la barre haute pour le reste de l’industrie. Le modèle « posséder l’agent, louer la distribution » pourrait devenir la norme.
Article original : OpenAI abandonne Instant Checkout publié sur Abondance.
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