Alphabet (Google) : Résultats financiers records et un pari audacieux
Points essentiels :
- Dépenses colossales : Alphabet projette d’investir entre 175 et 185 milliards de dollars en 2026, presque le double des 121 milliards anticipés par les experts.
- T4 exceptionnel : un chiffre d’affaires de 113,8 milliards de dollars (+17%), un bénéfice net de 34,5 milliards (+30%), et une augmentation de 48% pour Google Cloud.
- Pression sur la trésorerie : une possible chute de 58% du flux de trésorerie disponible par action en 2026, pouvant atteindre 80% en 2027.
- Réaction boursière contrastée : malgré des performances records, l’action Alphabet a chuté de 5% à l’ouverture de Wall Street, les investisseurs restant sceptiques face au retour sur investissement.
Des performances qui surpassent les attentes
Alphabet a surpassé toutes les prévisions des analystes pour le dernier trimestre 2025. Le géant américain affiche un chiffre d’affaires de 113,8 milliards de dollars, en hausse de 17% hors effets de change, surpassant les attentes de Wall Street qui étaient de 111,3 milliards. Le bénéfice par action a atteint 2,82 dollars, contre 2,15 dollars l’année précédente, alors que les prévisions tablaient sur 2,64 dollars.
La véritable vedette du trimestre est Google Cloud, avec une progression impressionnante de 48% de ses revenus, atteignant 17,7 milliards de dollars. Cette croissance spectaculaire contraste fortement avec les 34% du trimestre précédent et dépasse largement les prévisions de 36-37% des analystes. Désormais, cette activité affiche un chiffre d’affaires annualisé supérieur à 70 milliards de dollars.
«Nos investissements et infrastructures dans l’IA boostent les revenus et la croissance à tous les niveaux», a déclaré Sundar Pichai, PDG d’Alphabet. La publicité liée au moteur de recherche, pilier du groupe, a également progressé de 17%, illustrant comment l’IA améliore l’engagement et la monétisation de l’ensemble des produits.
L’IA Gemini comble son retard
Sur le front de l’intelligence artificielle, Alphabet peut enfin se vanter de résultats tangibles grâce à Gemini, un modèle rival de ChatGPT. L’application atteint désormais plus de 750 millions d’utilisateurs actifs mensuels, se rapprochant des 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires revendiqués par OpenAI.
La montée en puissance de Gemini, surtout depuis le lancement de sa version 3 à l’automne 2025, démontre que les investissements massifs d’Alphabet commencent à porter leurs fruits. Le groupe prouve que l’IA n’est pas simplement une promesse : elle génère de l’engagement utilisateur et des revenus concrets.
Une explosion des investissements inquiète les marchés
Malgré ces performances exceptionnelles, l’action Alphabet a chuté de 5% après l’annonce de ses prévisions d’investissements pour 2026. La cause : une enveloppe comprise entre 175 et 185 milliards de dollars, soit une augmentation de 54% à 63% par rapport aux 121 milliards attendus par les analystes. Pour donner une idée, ce montant excède le total cumulé des trois derniers exercices.
Cette hausse vertigineuse s’explique par la nécessité de bâtir et équiper des centres de données toujours plus puissants pour faire fonctionner les modèles d’IA. Alphabet se joint ainsi à Meta, qui a annoncé 135 milliards de dollars d’investissements pour 2026, dans une course à l’armement technologique dont l’issue reste incertaine.
Un impact majeur sur la trésorerie
Les répercussions de ces dépenses sur les finances du groupe ne tarderont pas à se faire sentir. Selon Morgan Stanley, le flux de trésorerie disponible par action pourrait chuter de 58% dès 2026 et jusqu’à 80% en 2027. En clair, Alphabet sacrifie temporairement sa capacité à rémunérer ses actionnaires pour se positionner sur le long terme.
Anat Ashkenazi, directrice financière, a également annoncé que les dépréciations d’actifs augmenteraient de 40% au premier trimestre 2026, contre 15-18% anticipés. Bien que ce soit principalement une question comptable, cela signifie que les prévisions de bénéfices devront être ajustées à la baisse.
Le retour sur investissement au centre des préoccupations
Les inquiétudes des investisseurs ne concernent pas tant la qualité des résultats actuels que la capacité d’Alphabet à transformer ces investissements massifs en profits futurs. Gene Munster, gestionnaire chez Deepwater AM, exprime bien ce dilemme : «Google et Meta sont d’excellents exemples d’entreprises ayant su transformer l’IA en croissance des revenus au-delà des prévisions. Cependant, ce changement radical dans les dépenses a surpris et provoqué un recul.»
Le problème est d’autant plus présent que Microsoft, malgré des investissements énormes, a vu son action chuter de 10% après une légère déception sur la croissance de sa division cloud Azure (+39%, contre 48% pour Google Cloud). Amazon fait également face à la pression pour maintenir la dynamique d’AWS tout en développant ses capacités.
Des contraintes d’offre potentielles pour freiner la croissance
Au-delà des investissements, Alphabet a souligné un point d’inquiétude : des contraintes du côté de l’offre. Malgré une demande élevée pour Google Cloud, la société rencontre des limitations susceptibles d’introduire de la variabilité dans sa croissance trimestrielle.
Citi indique que ces investissements «largement supérieurs aux prévisions du marché auront un impact significatif sur le flux de trésorerie disponible, et nous reconnaissons les préoccupations concernant le retour sur investissement.»
Le pari d’Alphabet : dépenser aujourd’hui pour dominer demain
En annonçant cette augmentation massive de ses investissements, Alphabet parie que la course à l’IA se joue maintenant et qu’il vaut mieux dépenser trop que pas assez. Le carnet de commandes croissant de Google Cloud laisse entendre que la demande pour les infrastructures et outils d’IA est réelle et durable.
Mais le risque d’exécution accroît proportionnellement aux sommes engagées. Si la capacité supplémentaire entraîne une croissance soutenue des revenus, ces investissements sembleront visionnaires d’ici quelques années. Si la croissance ralentit, Alphabet se retrouvera avec une trésorerie réduite et des actionnaires mécontents.
Pour l’instant, le groupe fait clairement son choix : dans la bataille de l’IA, ne pas investir massivement équivaut à perdre. Les prochains trimestres diront si cette stratégie était la bonne.
